Rouge forêt

Rouge forêt


Ici c’est la Zone. Interdite. Un cercle infernal de 30 kilomètres tracé arbitrairement autour de la centrale de Tchernobyl, dont un des réacteurs explosa une nuit d’Avril 1986 et provoqua l’accident nucléaire que l’on sait. Piotr et Rita survivent dans ce périmètre irradié, sous barbelés et surveillance étroite. Leur fils Sacha n’a rien connu d’autre que ce mode de vie sauvage. Comment continuer après un tel séisme, inscrit à même la peau ?  Homme ou bête, comment ne pas sombrer dans la folie et continuer de croire. Croire pour vivre ?

Extrait de Presse

Ce texte convainc d'entrée de jeu en témoignant d'une exigence de plus en plus affirmée pour la concision radicale d'une écriture serrée au plus juste, mais contrariant délibérément les formulations toutes faites. Par le jeu des ellipses, chaque phrase ou réplique, réduite à l'extrême, à l'extrême inattendu, frappe et surprend, porte et emporte.
Bernard Bretonnière / Eventaire.

Extrait


C’est eux.
J’entends leurs chiens.
… !
La forêt.
Cours vers la forêt cours/
Quelqu’un court, est-ce que c’est moi ?/
Plus vite/
Mais la terre est trop rouge, mes pieds butent sur les mottes gelées venues du fond des arbres et qui vous enlacent les jambes/
Zamolkni ! réprime tes pensées ils vont t’entendre cours/
Oui je/
Cours sans regarder par terre/
Mais je, devant moi je, des troncs brûlés défilent et cette odeur d’aiguilles froides qui m’attrape la gorge, aïe ma tête/
Tais-toi/
Oui, je me suis cognée/
Cours/
Je cours/
Cours sans ouvrir les yeux, cours de tout ton corps, chasse ce que tu sens/
Je sens que je ne suis plus une femme/
Avance/
Oui/
Cours/
J’ai peur/
Je sais/
J’ai peur de ne plus savoir comment être une femme/
Cours dans les cendres de la forêt, oublie le mal, sois dans tes jambes/Mais mon anorak me gêne/
Garde-le/
Oui/
On ne sait jamais/
Il est trop lourd/
On ne sait pas où te mène ta fuite/
C’est vrai mais/
Tais-toi, dans tes jambes sois/
C’est vrai ça je ne sais pas où je vais je n’ai aucun projet, ma vie est tout entière dans cette course à travers les brûlures/
Hod ! plus vite/
Qui je suis sinon une vieille veste de l’armée traquée par des chiens de rage/
Ne pense pas/
Qui je suis, ma vie se fait et se défait à l’instant, au rythme de mes bras qui poussent et ouvrent les branches devant moi/
Tu t’essouffles/
Je sais bien/
Inutilement/
Oui, si elle s’arrête/
Arrête de penser/
Si elle s’arrête maintenant ma vie alors je veux bien, oui je veux bien, parce que c’est rien ma vie c’est rien c’est/
Tais-toi/
Une solitude/
Cours/
Oui/
Fonce à l’aveugle parmi les ombres calcinées/
Calcinées, oui et glacées, je cours je cours, attention le morceau !/
Quoi le morceau quoi cours, ils sont juste derrière/